3 août 2016

Maxime Leloup

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Maxime Leloup est botaniste indépendant.

Il s’intéresse aux relations humain-végétal et humain-territoire, en particulier à toutes les formes que prennent la vie en forêt et de la forêt. Quelle forêt ? En effet il n’y a pas une, mais des forêts comme l’illustre bien la conférence de Geneviève Michon [1], avec une diversité de points de vue, d’usages et droits forestiers qui font toutes les formes que peut prendre la forêt. La France médiévale a connu le saltus, jachère plus ou moins arborée, fréquentée et utilisée par les paysans et leurs animaux domestiques, et différentes silva. Silva communis, une forêt plus arborée encore accessible aux paysans pour le bois de feu, les perches et beaucoup d’autres produits forestiers non-ligneux. Et puis silva regia, silva forestis ou foresta, celle réservée aux rois et seigneurs pour le bois d’oeuvre et le grand gibier, et dont les paysans étaient exclus. C’est de cette dernière conception de la « forêt » que vient le mot actuel de forêt et sur ce mode de pensée, sorti vainqueur du conflit d’usage paysans-seigneurs sur fond sylvestre, que se sont bâties la foresterie et la conservation biologique [2]. Il s’agit donc bien de la vie dans et de la silva.

Cette vie sylvestre en partenariat avec les processus spontanés de l’environnement prend de nombreuses formes (décrites en [2]), allant des écosystèmes à domestication fine, « agroforêts » [3] plus ou moins intensives (prises pour de la « forêt vierge »[4] dont les paysans tropicaux sont exclus au milieu du 20e siècle [2]), aux paysages ruraux bocagers, réponse ligneuse à l’exil forestier des paysans, les perdants du conflit d’usage médiéval qui ont fait le choix d’intensifier le partenariat sylvestre, avec entre autres haies, têtards, émondes et plessis… La sylve est donc mode et modèle de subsistance, identité, état d’esprit.

Cette sylve domestique est une co-création, produit d’interactions quotidiennes avec les sociétés humaines qui l’ont habité (parfois dites « peuples de la nature » et autres mythes du « bon sauvage »…), qui ont accompagné et influencé sa dynamique végétale et paysagère. Ces sociétés humaines sont le produit de ces sylves domestiques et de leur dynamique propre. Il y a une complémentarité productive, relationnelle et identitaire, qui transforme l’opposition humain / non-humain en unité. Qui fait de l’ensemble sylve-humains un tout indissociable.

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[1]: Cycle de conférences : Forêts d’ici, forêts d’ailleurs
[2]: Geneviève Michon, Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde.
[3]: expression malheureuse qui rassemble les deux termes excluant le partenariat arbre-paysan : ager, le champ ouvert, qui a donné agriculture, domaine champêtre, la campagne ; et foresta !

[4]: le bassin de l’Amazone hébergeait environ 5 à 10 millions d’habitants cultivant ces sylves domestiques avant contact avec les occidentaux. Certains espaces de la forêt amazonienne ne sont pas « vierges » de toute trace humaine mais la preuve de la destruction d’une civilisation par une autre ! Cf [1] (Laure Emperaire) et [2].