Surfer sur l’ethnobotanique …

Photo : David Spillebout

Vive la cuisine des plantes sauvages, je suis « Ethnobotaniste » !

Ethnobotaniste, ethnobotanique, les termes font rêver. (Déjà en 2007 Jean-Yves Durand le notait lors de son intervention au séminaire de Salagon : « Il faut cultiver notre jardin ethnobotanique. Semis, boutures et greffes du prefixe ethno-. ») Et comme tout ce qui fait rêver le marketing le sort parfois de son contexte d’activité scientifique au risque de lui faire perdre tout simplement son sens.

Au fait, c’est quoi être ethnobotaniste ? (Cette année le thème du séminaire de Salagon est : « C’est quoi, l’ethnobotanique ? ») Sans en être un je considère qu’un ethnobotaniste est un chercheur scientifique, qu’il soit employé dans une institution prestigieuse ou électron libre. Je n’entrerai pas dans le détail de savoir si l’ethnobotanique relève plus de l’ethnologie ou de la botanique. On peut se contenter de définir l’ethnobotanique comme l’étude des relations entre les sociétés humaines et le végétal. En tant que scientifique, l’ethnobotaniste s’inscrit dans deux dynamiques : transparence et continuité.

Lorsqu’il publie son travail, que ce soit dans une revue scientifique ou par lui même, il explicite ses méthodes, cite ses sources dans le texte et met ses résultats à disposition de la communauté scientifique sur laquelle il s’est lui même appuyé. Il est donc transparent sur l’origine de ses information, comment il les a obtenus, et quels raisonnements l’amènent à ses conclusions. Transparence qui le place dans une continuité avec ses pairs et leur travail. Une dernière chose, il me semble que pour se dire ethnobotaniste il faut avoir publié un corpus minimum.

Vous avez maintenant assez de notions pour faire par vous même la distinction entre les usages et les abus du terme.

La réalité du marché

Les plantes sauvages comestibles sont à la mode. C’est peu dire. J’ai commencé à m’intéresser de manière significative au sujet en 2007, et lancé mon activité de formateur/animateur nature sur le sujet en 2011. En 10 ans, le sujet est passé de la quasi-marginalité à la presque banalisation. Il ne s’agit plus de trouver des stages/animations plantes sauvages comestibles, mais de les choisir.

En effet, (et pour une fois !) la liberté de lancer son activité d’animation nature / formation sans devoir justifier de diplômes ou autre titres pompeux (souvent via microentreprises, associations ou coopératives d’activités et d’emploi), conjuguée au fait que des acteurs publics se soient aussi emparés du sujet (parcs naturels, cpie, mairies etc.), a démultiplié l’offre. On voit donc de tout, comme partout ailleurs, comme souvent.

Vous avez donc bien compris qu’un animateur nature ou un formateur n’est pas nécessairement un ethnobotaniste et vice versa. Vous avez donc entre vos mains quelques critères simples qui vous permettront de percevoir le marketing scientifique sans fondement (celui qui se joue de vos fantasmes) de ceux qui se disent ethnobotanistes pour mieux vendre leurs stages de cuisine sauvage. Et inutile de penser qu’une certification y changerait quoi que ce soit, elle ne ferait que fermer la porte aux autodidactes qui ont toute leur place sur le marché.

Au delà du mythe

Autre chose, une personne qui vend des formations à la cueillette et la cuisine des plantes sauvages n’est pas un mythe incarné vivant dans un arbre, d’eau de pluie gobée au vol et de quelques feuilles vertes grapillées ça et là. C’est une véritable activité professionnelle avec ses joies et ses contraintes. Contraintes que l’on retrouve dans leurs vies privées : ils payent (avec de la monnaie, pas des feuilles d’orties) un loyer ou remboursent l’emprunt de leur maison, payent leur électricité, internet, etc., comme vous en fait !

Et pour pouvoir répondre à ces contraintes ces activités ont un prix. Parfois couvert par des financements d’acteurs publics ou financé par l’état de manière indirecte. Il est donc important que vous compreniez quel est le financement de la prestation que vous achetez. 100% indépendant ? 50% couvert par un acteur public ? Gratuit pour vous mais financé à 100% ? Basé sur le bénévolat qui lui même dépend directement des ressources de ceux qui le pratiquent ? Ou activité vivrière ? En vous renseignant vous remarquerez aussi que le statut facturant a une influence sur les contraintes comptables. Le chiffre d’affaire d’une structure est différent du revenu net avant impôt de celui qui en bénéficie. Ce que vous payez pour une prestation paye aussi et d’abord les charges. Le prestataire bénéficie de ce qu’il reste après.

D’ailleurs juste une question au passage : parmi ceux qui proposent des stages cuisine sauvage depuis moins de 10 ans en France, y en a t’il qui génèrent un revenu net avant impôts de 7200 euros annuels ? (un mi-temps au smic) Pour quel temps annuel consacré ? En effet en plus d’être viable économiquement, nous avons besoin qu’une activité professionnelle soit vivable, viable socialement. Si vous avez des chiffres provenant de votre entourage vous pouvez faire le calcul du taux horaire et le comparer à celui de votre emploi.

Se lancer …

Cher aspirant formateur tu as sans doute déjà compris à la lecture de cet article que pour que ton activité, même complémentaire, soit viable et vivable, il va falloir que tu saches valoriser tes activités à un prix qui soit bien représentatif de tes contraintes comptables ainsi que de la valeur de ton temps et de tes compétences réelles. Compétences auxquelles il faudra ajouter le métier d’entrepreneur, risqué mais tellement passionnant ! Tes erreurs seront une source inépuisable d’enseignement. Je me permets cependant quelques conseils pour viabiliser au mieux ton activité.

Un aspect qui va favoriser ton installation sera l’apport à ton activité d’un capital immobilier valorisable. Par exemple un gîte pouvant accueillir des groupes avec un grand jardin et proche des grands réseaux de transport. L’activité de formation pourra créer une émulation autour du gîte avec deux activités qui se complémentent, location et formation. La formation permettant d’augmenter le taux de remplissage du gîte en période de creux pour la location. Un autre aspect important auquel penser est d’avoir un apport de trésorerie suffisant pour lancer l’activité.

Une formation longue avant de se lancer peut être un atout et revient aussi à un apport en capital à l’activité. (En fait c’est un apport en capital adapté et suffisant qui permettra de bien viabiliser l’activité, capital dont les différentes formes sont présentées ici.) Là encore à chacun de faire preuve de discernement, de poser les bonnes questions pour un projet professionnel et de voir au delà du marketing et ses belles phrases vides de sens tangible. Par exemple : combien de sessions de cette formation ont déjà eu lieu ? Qui sont les intervenants (parcours, compétences etc.) ? Quelles ouvertures en termes professionnels ? Chiffrées ou pas ? Transposables ou pas ? A chacun de savoir cerner ce qui a du sens et ce qui compte.

N’oublions pas que ces formations longues sont aussi une sortie du marché « par le haut » : quand il y a trop de formateurs, formons les formateurs ! On attendra donc de ce type de formation au minimum une bonne connaissance du marché sur lequel ils envoient leur élèves et une réelle volonté de suivi des anciens élèves et de leurs activités dans le domaine. Vous avez sans doute remarqué que tout ce qui est écrit des formation courtes et longues sur les plantes sauvages s’applique aussi aux autres formations du privé et du public.

Focaliser sur l’essentiel

Revenons à l’essentiel. L’essentiel est que les formateurs et animateurs nature soient compétents et vivent décemment de leur activité, que le marketing valorise l’expérience, les compétences et les connaissances réelles, que le client comprenne ce à quoi sert ce qu’il paye pour une prestation et la part de celle-ci qui est financée ou pas avec ses taxes et impôts. L’essentiel, c’est que chacun puisse s’y re-trouver, que la plante soit celle qui est réellement au centre de l’attention.

Inutile donc jouer le paraître du marketing scientifique. Il suffit simplement d’être soi même …

Maxime

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